Avec grand plaisir, les Amis de l'orgue de Québec viennent de renouer avec leur traditionnelle excursion culturelle annuelle. De manière fort agréable pour quelque 60 membres. Dans la région fort accueillante des Bois-Francs, à la fois au centre du Québec, pays de l'érable et du fromage. Le lundi 11 octobre, jour de la belle fête de l'Action de Grâce, dans la splendeur automnale et rougeoyante!
De Plessisville à Victoriaville, en passant par Arthabaska, Warwick et Ham-Nord, nous avons eu le plaisir d'entendre cinq orgues Casavant, datant de 1899 à 1940, dont les quatre premiers ont été restaurés par les Orgues Létourneau, entre 1991 et 2009, et le dernier par les Ateliers Guilbault Bellavance Carignan, l'an dernier. Tous de Saint-Hyacinthe, évidemment, la prestigieuse capitale canadienne du "roi des instruments".
Et pour nous les faire apprécier, cinq musiciens emballants: de la brillante aînée et musicologue, Irène Brisson, à la plus jeune virtuose, Laurence Jobidon, en passant par trois jeunes hommes prometteurs, Denis Gagné, Dominic Grondin, Emmanuel Bernier. La relève se porte fort bien, merci!
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L'imposante église Saint-Calixte de Plessisville, dont les plans sont de l'architecte Georges-Émile Tanguay, de Québec, date de 1900. Elle peut accueillir 1 200 personnes, choyées par les sculptures centenaires de Louis Jobin (dont un célèbre "ange à la trompette") et le diptyque pictural de Marius Dubois, de Sainte-Pétronille (île d'Orléans), réalisé en 1998 en hommage à sainte Marguerite d'Youville, fondatrice des Soeurs Grises. L'unité pastorale de l'Érable compte deux prêtres pour cinq paroisses et six lieux de culte.
L'orgue Casavant, opus 155, de 1902, compte 23 jeux, 26 rangs, à traction pneumatique tubulaire. Il a été restauré en 1993 par la maison Létourneau, au coût de 37 000 $. Sa composition sonore respecte ce que le facteur Casavant réalisait pour les instruments de cette dimension à l'époque de sa construction. Il en est de même pour les autres orgues entendus, bien adaptés à leurs lieux de culte catholique.
Réputée musicologue et professeure émérite au Conservatoire de musique de Québec, Irène Brisson s'est remise à la pratique de l'orgue il y a une dizaine d'années, suivant notamment des cours privés avec Danny Belisle. Pour le plaisir, dit-elle, elle est depuis quatre ans organiste titulaire à la belle petite église anglicane St Michael de Sillery, à Québec. Et pour le plaisir des AOQ, elle a donné à Saint-Calixte un bel aperçu de sa passion renouvelée à travers des œuvres baroques allemandes et de la musique postromantique anglaise.
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À Arthabaska, c'est un autre architecte de Québec, Joseph-Ferdinand Peachy, qui fait les plans de l'église Saint-Christophe en 1871. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté (1869-1937) est au nombre des jeunes artistes qui, en 1887, participent à la décoration intérieure, dirigée par Joseph-Thomas Rousseau, de Saint-Hyacinthe. L'illustre virtuose du dessin et de la couleur gardera jusqu'à sa mort un atelier dans son village natal. Jeune avocat et journaliste, Wilfrid Laurier résida à Arthabaska et en fut le député à Québec et à Ottawa, avant de devenir premier ministre canadien. Son banc fait encore la fierté de ses co-paroissiens. Le superbe temple aux larges dorures — abrégé d'histoire sainte — a fait l'objet d'une restauration complète pour son 125e anniversaire, en 1998, et il a été déclaré "monument historique" en avril 2001.
L'église est dotée d'un orgue Casavant, opus 1669, de 1940; à traction électropneumatique, il compte 32 jeux, 37 rangs. Il est inauguré en 1941 par un organiste aveugle, Arthur Charlebois, qui y crée son oratorio Mariae Gloriae, pour chœur et orgue, d'une durée de deux heures et demie! En 1991, Orgues Létourneau effectue la restauration de l'orgue. Un jeu de mixture de quatre rangs remplace celui de trois rangs de Casavant.
Denis Gagné, diplômé du Conservatoire de musique de Montréal, nous a présenté un très solide mini-récital tout français, plus un Hommage à Maurice Ravel de Jean LeBuis (1950-), qui fut le professeur de notre invité. Il est organiste à Saint-Léonard et au Sanctuaire du Saint-Sacrement, à Montréal. Fort actif dans le milieu musical, Denis Gagné est aussi vice-président des Amis de l'orgue de Montréal.
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Troisième arrêt, à l'église Saint-Médard de Warwick, dont les plans de 1874 sont dus à l'architecte Peachy, et ceux de l'agrandissement à l'architecte Georges-Émile Tanguay, il y a cent ans. De style néo-roman, en pierre de taille et en pierre des champs, ce temple est surmonté d'un clocher de 190 pieds.
L'orgue Casavant de 1928 porte le numéro d'opus 1252. A traction électropneumatique, il compte 28 jeux et 30 rangs. Selon des experts, c'est un bel exemple de la facture typique de Casavant, il y a quatre-vingts ans, avec son esthétique sonore de tradition anglo-américaine. Malgré un bon entretien, une remise en état s'imposait: elle a été effectuée l'an dernier par Létourneau, au coût de 150 000 $.
Ici, un jeune Beauceron, Dominic Grondin, étudiant de Richard Paré à l'Université Laval, nous émerveille avec du Bach et encore du Bach! Depuis cet automne, il est organiste titulaire à Saint-Rédempteur de Lévis.
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D'allure plus modeste, mais aussi chaleureuse, l'église des Saints-Anges, de Ham-Nord est en bois et date de 1900. C'est la plus grande église en bois du diocèse de Sherbrooke, dotée de l'orgue le plus ancien à traction mécanique, un Casavant, opus 121, de 17 jeux et 19 rangs. Il possède un magnifique buffet orné de dorures et d'un ange à la trompette au sommet, rappelant le patronage des Saints-Anges. Son esthétique correspond aux goûts qui prévalaient au début du siècle dernier. Autre fait rare, l'orgue n'a subi aucune transformation depuis cent-dix ans. Pour son récent centenaire, il a bénéficié d'un relevage en profondeur, par les Orgues Létourneau, subventionné en partie par la Fondation du patrimoine religieux du Québec.
Emmanuel Bernier a d'abord étudié au Conservatoire de Rimouski avec sœur Pauline Charron et Jacques Montgrain; il étudie présentement à celui de Québec avec Danny Belisle. L'an dernier, il a obtenu la première place en orgue au Concours de musique du Canada, à Montréal. Plusieurs fois boursier, rédacteur de notes de programmes musicaux, il est aussi critique musical au quotidien Le Soleil. Il a été durant l’été dernier organiste en résidence au Musée de l’Amérique française. Il nous a présenté un programme fort éclectique, dont une pièce du québécois Conrad Letendre (1904-1977), et un extrait du Livre d'orgue de la Cathédrale anglicane de Québec.
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L'église Sainte-Victoire de Victoriaville, due aux plans de l'architecte Louis Caron, de Nicolet, a été bénie en 1900. L'orgue Casavant, opus 118, est inauguré la même année. À traction électropneumatique, il est électrifié en 1940 sous le numéro d'opus 1644. Sa composition est alors portée à 41 jeux, 42 rangs. Un positif expressif et une nouvelle console sont ajoutés, mais le buffet d'origine est conservé. L'an dernier, l'instrument a été partiellement restauré par les Ateliers GBC.
Une belle plaque rappelle le souvenir de Lucien Daveluy, qui y a été organiste et maître de chapelle pendant 56 ans, et rend hommage à son fils Raymond, l’organiste et le compositeur.
Jeune élève de Danny Belisle, Laurence Jobidon rend à son tour hommage au grand Bach, avec un prélude et une sonate en trio, concluant brillamment avec une suite brève de la montréalaise Rachel Laurin.
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Mille bravos et mercis pour cette mémorable excursion: à notre aimable GO (gentil organisateur) Robert Poliquin et à ses nombreux collaborateurs; au frère Martin Yelle, s.c., organiste et agent de pastorale, formidable guide, accompagnateur et conférencier; à deux dévoués anciens présidents des AOQ, Claude Beaudry et Gilles Carignan.
Avec raison, ce dernier souligne que les AOQ nous font découvrir des orgues québécois dont la réputation déborde largement nos frontières; apprécier des organistes de grand talent, jeunes et moins jeunes; admirer de précieux lieux de culte, églises humbles ou grandioses, qui sont en quelque sorte nos châteaux.
Un vibrant souhait final: que 2011 nous gratifie à nouveau d'une chaleureuse et enrichissante excursion culturelle dans une autre belle région québécoise. Merci et à bientôt, espérons!
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